Panzou ! Entre le franc jeu et la tricherie

Vos souvenez-vous encore de ce jeu, le panzou, pour lequel il existait une frontière entre l`honnêteté et la tricherie ?

Qui se rappellent les secondes de calcul, avant d`exécuter une feinte surprise tellement bien appliquée que le partenaire n`avait d`autres choix que de rire à pleurer ?

Ce que je me rappelle, c`est que ces feintes étaient tout le plaisir du jeu. Bien soignées, elles faisaient tellement rire que souvent on urinait dans ses culottes. Entendez par là, que le mot culotte remplace autant les pantalons que les jupons. Par surprise ou anxiété, c`est vrai, à force de se faire taper sur le dos ou la paume de la main, avec une rapidité telle, que l`on mourait de rire au point que la compassion faisait route pour une amitié durable. Mais ce jeu se joue surtout entre amis hein ! De vrais amis. S`il vous arrive par mégarde de tenter l`expérience avec un inconnu, c`est à vos risques et périls car celui-ci devient vite un adversaire dès qu`il perd sa fortune. Il suffit que celui-ci ou celle-là ne soit pas bien dans sa peau, il n`est pas assuré que la bagarre ne sera pas de la partie.

Seulement quelques coups légers, des fois on pleure mais on finit par se reprendre. Entre enfants de très bas âges ça ne se passe pas toujours très bien. Même ceux d`un âge plus avancé. Les inconnus ou presque, ces derniers classés dans la catégorie adversaire, sortaient toujours de leur peau et donnaient des coups même en dehors du jeu. Le fait de recevoir ces coups sans vraiment qu`il y ait jeu, affaiblissait le désir de tenir compagnie à tel ou tel individu.

Eh bien ! La politique depuis quelque temps, me rappelle les durs moments, les moments troubles de l`enfance, du panzou, lorsque des sujets non identifiés, excusez-moi j`ai failli dire des  » objets non identifiés  », faisaient brusquement irruption sur la scène et imposaient leur indésirable présence. C`est à ce moment là qu`on se faisait vraiment taper sur la gueule, traîner par terre et subir les premières défaites de l`enfance. Aujourd`hui adulte, sur la scène du moment, ce sont les coups d`Etat, la trahison, l`ingérence, le kidnapping, les coups bas et j`en passe qui remplacent le panzou. Pourquoi ne pas dire carrément que ce sont les mêmes de jadis qui sont devenus adultes, toujours au grade d`intrus, et continuent à commettre les mêmes exactions. Leur panzou à eux !

Par instinct de survie, je commence à les regarder de plus près, ceux qui nous représentent, et me suis rendu compte qu`il y a un sérieux rapport de force où d`un coté le panzou est devenu une arme de poing, et de l`autre coté les éternels cobayes que nous sommes, qui ne se rendent pas compte que nous jouons au panzou sans le vouloir. Ils ne sont pas des amis, ces professionnels du panzou, et prennent tout ce que nous avons, sous le chapeau de l`impunité. Sans dessein, ils ne répondent à aucun critère, ni à un minimum de règle de bienséance. Le jeu est constamment truqué, et le rire d`autrefois a disparu.

Parmi ceux et celles qui savaient jouer au panzou, vous souvenez-vous des trucs qui tenaient éloignés les indésirables dans le cercle des amis ? Si vous vous en souvenez ne dévoilez point le secret à l`air libre, car se serait une entreprise maladroite où l`adversaire se donnerait des moyens nouveaux de contrecarrer notre plan, et aurait finalement tous les atouts pour siéger éternellement. Pour tout bon joueur, le panzou est un jeu difficile c`est vrai, mais pour les amis et ceux qui sont honnêtes, il se joue avec beaucoup de tolérance. Faisons équipe, créons notre propre cour, montons une assemblée et fixons les règles du jeu. Parions entre nous, que l`autre ne verra que du bleu, qu`il n`a que les moyens de miser sur le rouge sans qu`il n`ait aucune idée de quoi est fait ce bleu. Entre nous, gardons les rangs serrés pour qu`il n`y ait plus de place. Ils finiront par sauter la clôture, mais pour tomber dans une cour, notre cour, séparée d`une mer d`eau profonde, qu`ils n`en sortiront plus. Tel est le panzou que nous jouons, le panzou rétabli, que ceux qui trichent ne pourront jamais jouer parce qu`ils ne sont pas des gens de bien.

Le jeu reprend son élan, au plaisir des voisins et amis du quartier, heureux que nous ayons gardé en souvenir les rituels de l`enfance, une enfance parfumée, d`équilibre et de dignité.

 

Je Plaide

15 avril 2018

Mike Joseph