Pile ou face sur fond de résistance : de quoi sommes-nous fiers ?

De quoi sommes-nous fiers ou embarrassés lorsque Haïti est ce qu`elle est ?

Entre le bleu et le noir, couleurs rapatriées, affectées, désaffectées et réaffectées de notre drapeau national, le drapeau de tous les haïtiens; la nation a perdu sa face aux yeux du monde. Pour évaluer l`étendue des dégâts, comparons cette épopée à la roulette russe, jeu suicidaire inventé pour ceux qui ont du cœur au ventre. Mais au lieu de jouer réellement à ce jeu, faisons simplement un exercice de roulette simple qui suffira à éclairer un peu nos lanternes sur le passé, le présent et l`avenir. En ce qui concerne l`avenir, j`espère que nous dirons dans pas trop longtemps : Comment est-ce que nous avons pu vivre dans de telles conditions ? Pour le passé et le présent c`est déjà fait. Dans ou sens ou dans l`autre le débat est fossé, non ce n`est pas une faute, j`ai bien dit fossé. Pour mieux me faire comprendre  je le répète encore une fois, fossé. Pour la dernière fois, je ne me corrige pas et j`ajoute : faussé.

Recommençons. D`abord, mettons en évidence notre bicolore ; bleu et rouge, ou noir et rouge récemment abattu mais demeuré encore vivant dans le cœur de certains, que représente t-il vraiment, autre qu`un passé glorieux qui s`est presque éteint dans la fourberie des uns et des autres ? Si aujourd`hui encore nous pouvons en parler, c`est peut-être dû au rouge qui a toujours conservé sa place, malgré tout. Il est sans contredit le seul témoin vivant capable de nous inspirer des combats d`hier, afin que nous puissions espérer un regain de bravoure pour demain. Tous les bouleversements ne l`ont pas terrassé. Cette couleur, associée à des contextes de plusieurs natures, en a vu de toutes les couleurs : les préjugés de classe, des abus tyranniques, des prétextes et tant d`autres connotations que d`un seul trait il serait inapproprié de les partager en ce moment. Elle a toujours gardé sa position, comme si elle était inamovible. Miser sur le rouge dans les jeux de hasard est souvent une chance qu`il ne faut pas rater. Puisque c`est le bleu et le noir qui sont principalement en cause, essayons d`aller à leur secours.

 » Rien ne va plus, les jeux sont faits.  » C`est ainsi que parle le maître du jeu à qui veut l`entendre. D`un coté c`est le bleu qui se croit favori, et d`un autre c`est le noir qui attire les regards. Cela veut-il dire pour autant que l`un ou l`autre va gagner ? Non ! Nous voilà partis.

Essayons de comprendre ce qui se passe:

Selon l`astuce du maître, il arrive que l`issue soit déjà prévue, lorsqu`un gros joueur décide de mettre la main sur le grappin. En ces jours des aïeux fuyards, quoique le bleu soit en excellente position, plusieurs sont d`avis que le noir pourrait créer des surprises à cause de ce joueur, qui en dehors du jeu parie avec des nerfs prêts à changer la donne. Dès que le taux de change monte ou descend à la bourse, son seuil de tolérance subit le même mouvement. Il devient soit agressif, soit passif selon la mise. Nous avons vu jusqu`où il pouvait aller avec les milliards de Pétro-caribe et, bien avant çà, avec les millions donnés pour la reconstruction d`Haïti. Dans ce cas, est-il possible de se fier au maître du jeu, qui lui ne dépend pas de la roulotte mais de cet acteur extérieur qui lui dictera quelle puce utiliser et à quel moment l`introduire sous la table. En passant, il est de notoriété publique que ce dernier nous a déjà fait trois passes de suite. S`il doit en ajouter une de plus à son palmarès, il n`y a aucun recours pour l`en empêcher. Le seul moyen serait peut-être de l`éliminer une fois pour toutes. Entendons-nous, quand on dit l`éliminer on sous-entend le remplacer par quelqu`un d`autre. Nous ne prêchons pas la violence.

Continuons avec le bleu qui est favori. Il est consistent et constamment populaire au détriment du noir ; brusquement pour une raison quelconque, le personnage en question décide de renverser la vapeur pour anéantir son monopole. Celui-ci fait la Bill, excusez-nous, fait la bile à tous les autres joueurs, et voilà ! les dés sont jetés, et la partie est dans ce cas là terminée.

Allons maintenant pour Le noir, qui n`est pas trop loin des intérêts d`un groupe important, et voyons dans quelle mesure ce dernier pourrait suivre l`exemple ci dessus et gonfler le muscle sur ses adversaires.

Entre ces deux foulards et les Bill, pardon ! les biles, alors que les jeux ne sont pas encore faits, nous avons peut-être une chance de décider de ce qui est à gagner :

« Il suffira d`un geste de la main, d`un appel au lambic, de plusieurs coups de tambour, de bambous percés, de trompettes et de chœurs, aux sons harmonisés, pour que cesse l`entorse. Ils entendront sûrement l`écho venu de loin, familier aux souffrants, qui, lorsqu`ils sont à bout de souffle, ne connaissent ni les saints ni les anges venant du paradis. De ce bleu favori ou le noir en attente, faisons un bien précis à bannir l`épopée. Ce jeton de couleur une fois qu`il est choisi, porte-bonheur ou non, la route continue. S`il faut revenir au noir, sans forme et toute fétiche appliquons le courroux à tout contrevenant qui se mettra en croix aux lancées du parcours. Le temps aura trois siècles pour ceux qui s`en souviennent, comme aux jours de Christophe et ces braves adversaires. Hélons notre cheval, celui du légendaire Capois, le meilleur d`entre nous, oublié de l`histoire. Tous les deux, Capois et son cheval, ne sauraient pas mourir sous les boulets et la mitraille; reprenons comme lui l`épée de la liberté, en disant en avant enfants de la patrie. Celle-là n`était pas encore née les hommes en étaient fiers, eux qui l`ont couchée pour nous les héritiers, comment avons-nous pu nous éloigner si loin d`une telle candeur de nos premiers parents. Ce que nous voulons tous, blanc ou noir le perdant, c`est que le maître du jeu n`y soit plus le parrain. En plus il doit quitter et la table et le jeu, pour que plus jamais, oui, il n`y revienne plus. Entre joueurs et amis, adversaires ou témoins, assurons-nous pourtant qu`il n`y ait plus de traître, à tricher parmi nous. Buvons jusqu`à la lie cette savoureuse victoire, ce calice plein de sang à l`autel du seigneur. Enfin, vive le drapeau ! en présence des aïeux, au lieu de vérité il n`y a nulle distinction, entre bleu, noir ou rouge, pourvu que nous ayons dans cette vie d`alternance, compris les sacrifices vécus et leur calvaire mourant. De son mât de bambou, qu`importe la matière, qu`il flotte à l`horizon désormais dans l`Azur, pour rappeler à nous tous que le maître du jeu n`est plus ce petit blanc bec qui profite de notre cru, mais Paul, Jacques ou François, pourquoi pas monsieur un tel, pourvu qu`il en soit digne d`assurer l`héritage.»

Quel rêve !

Non ! ce n`est pas un rêve. Bravo ! A envoyer partout. A chacun son action. Contributive ou capitale, faites votre jeu, pour une Haïti digne. Il faut éradiquer ce mal, ce malaise éternel qui ne finit pas de nous ridiculiser. OHÉ ! pour une nouvelle génération d`hommes et de femmes au timon des affaires.

Nos femmes réveillez-vous ! Le maître doit partir. Autre temps, autre mœurs, maintenant c`est votre tour. Haïti est à vous, Haïti est à nous.

A envoyer partout !

Vive Haïti chérie !

 

Je Plaide

18 avril 2018

Mike Joseph