Si je m`appelais Réginald Boulos…

Si je m`appelais Reginald Boulos

De ce profil, le pouvoir s`étend de gauche à droite, de bas en haut, un peu trop en largeur ; couvrant la République sous un nuage bien épais que mêmes les pluies n`arrivent plus à percer. Le blé, le riz, le petit-mil et le mais deviennent si chétifs que les hommes ont finalement cessé de pleurer. Ils ont compris qu`il faut aller au dessus des nuages , peut-être même jusqu`au ciel s`il le faut, pour libérer enfin les hauteurs de ces sombres voyageurs qui empêchent aux saisons de briller au soleil, d`adoucir leurs vallées, leurs plaines et les montagnes de rosées matinales.
Je parlerais si fort, aux côtés des multitudes, que mêmes les plus sceptiques finiraient par comprendre qu`il y a sous ma peau le sang du nègre marron, qui m`a tant apporté et appris, que je veux partager enfin, et mon crue et ma foi, mon intelligence et ma fortune.
J`inventerais des ombres, qu`au timon des affaires ni les juges ni les cancres élus, ceux qui m`ont soutenu au sommet de ma chaire, seraient tous convertis en héros, sinon broyés par la foudre que je sais provoquer.
Désormais je dirais : haïtiens, haïtiennes, faiseurs de liberté, prêtez-moi votre histoire, aujourd`hui notre histoire ; allons tous voir le monde pour lui dire qu`enfin nous sommes unis. S`il y en a parmi nous qui désirent faire la fête, suivez-moi humblement auprès des sceptiques et retors. Ils n`auront aucun choix que de croire en nos vœux …ou subir le courroux à ce stade indomptable.
Franchissons de ce pas, premier de millier d`autres, la gloire et l`espérance, celles de la victoire, que nous avons tous à la portée, pointée vers le boisseau.
Pourquoi attendre encore, pendant qu`il est encore temps de prêter son museau aux braves et aux plus forts, que viennent d`autres secousses à ratiboiser cette fois veaux, vaches, cochons, couvées.
Que de ce ramassis, la fête aux pluies d`étoiles, soleil levant, à midi, à minuit, jusqu`au soleil couchant, nous vienne l`abondance de la terre promise.
Si je m`appelais Reginald Boulos, je ferais de la nouvelle histoire ma troisième et dernière patrie.

Je Plaide
21 juillet 2018
Mike Joseph