La parole est à vous, mulâtres d`Haiti

Mais qui sont-ils, ces misérables fortunés, nos partenaires depuis la colonie ?

Des fils et filles d`esclaves et de faux dévots ; petits-fils, petites-filles, grands-fils, grandes-filles, arrière petits-fils, arrière petites-filles de ces spécimens venus de loin. Ils sont malheureusement nos frères et sœurs de sang, nos oncles et cousins, et même nos neveux et nièces. Une fois devenus grands, ils prennent leur distance dans cette jungle infernale qu`est l`humanité, par instinct de survie ou de prédation obtenu de l`autre partie de laquelle ils sont issus. Pris autant que nous entre la discrimination raciale et les préjugés de toutes sortes, surtout de couleur, ils sont tantôt timidement à gauche et à demi, tantôt à droite. Ils sont comme des rats en souricière. Leur destin est déterminé dans un sombre couloir qu`ils ne veulent jamais franchir. Etre vus comme noirs, ils en ont horreur ; traités comme blancs par leurs propres frères noirs, ils en jouissent pleinement et flottent entre ces deux tendances sans jamais de repos. De leur triste destin ils se font un appât, leurs frères et sœurs noirs(e), avec lesquels(le)  le blanc et le reste des hommes se gavent. A leur festin glouton ils invitent, tout cru, tout nu, ces ombres de leurs ancêtres que nous sommes, de l`étable ou de l`écurie, selon les vœux des blancs en carrosse, des flibustiers frivoles et cannibales. Au moment du festin ils deviennent tous des rats.  Apres ce grand festin, ils s`emparent de leur proie et la conserve pour le prochain repas. C`est ainsi qu`ils se nourrissent de chair et d`argent. Leur cuisinière est toujours une noire, fine cuisinière, qui sait bien flinguer, faire tremper et assaisonner d`épices  la prochaine livraison. Elle connait mieux que tous, le degré de cuisson, même quand jamais elle ne goûte aux délices du patron.

Sacrés progénitures des deux extrêmes de la race diluée, Ils sont l`intermédiaire puissant asservi dans le sang. Ils le vendent au prix fort à tout venant, surtout Mr le blanc avec qui ils partagent le butin. Ils sont traîtres comme Judas quand il s`agit de nous ; ils se parent pour l`autre, toujours prêts à languir pour un simple regard.

Notre malheur, malgré tout, c`est d`être leurs ancêtres, et de les voir en nous alors qu`eux ils s`en foutent. Cette descendance crépue y en a marre.

‘’ Blanc pauvre est nègre, noir riche est blanc ‘’ quelle offense ! quel parjure !

De quel bord est l`adage ? Il vient surement des nègres qui tentent de se faire justice, pour atténuer leur sort.

De parjure en parjure finirons-nous un jour par joindre reconnaissance, en tableau exposé dans leur galerie secrète, parmi leurs grands ancêtres, et les blancs et les nègres desquels ils sont issus.

Cette vérité tordue et toute poussiéreuse, viendra t`elle réparer notre hantise, qu`ils sont là pour toujours, des parents de fortune à jamais installés au cœur de nos citées.

Qu`ils se libèrent enfin du poids de leur conscience, car ils en ont, s`ils sont de notre sang un peu de ce que nous sommes : Des hommes nés pour vivre libres : hier, maintenant, demain et toujours.

 

Je Plaide

17 aout 2018

Mike Joseph