Si je m`appelais Michel Martelly

 » Trop tard dans un monde trop vieux. « 

A ce stade de ma redéchéance, où la comédie et le mensonge semblent n`être plus d`aucun secours, et le risque qu`ils s`accouplent à la folie pour donner naissance en moi à ce monstre dangereux que je vois venir, j`inventerais un dieu qui s`apparenterait aux lwas d`Haïti. J`irais au cimetière et demanderais aux morts de m`accompagner ; me mettrais à genoux à chaque carrefour, distribuant des « gés krévés  » ( de l`argent ) aux passants, leur demandant pardon pour ce j`ai fait à la nation ; ferais croire que c`est ce que j`ai vu en songe. Hélas ! Je commence à sentir le poids de mon insouciance. Ce mal me poursuit de trop près.

Je me laisserais monter par des zombis en guenille, dans un état de folie-guédée. J`irais frapper à toutes les portes comme au jour du 02 novembre, avec de nouveaux déhanchements qui amuseraient la foule. De ma voix nasillarde j`annoncerais la redistribution de ma richesse, tout l`argent que l`on me réclame. Cette année et chaque année, je trouverais le moyen de sortir de la terre en tant que zombi, toute la fortune de mes complices. Les deux dieux qui m`habitent, le lwa et le zombi, les trouveraient où qu`ils soient. De toute façon, ils seraient d`accord et contents pour se débarrasser de cet argent qu`ils ne pourront jamais dépenser nulle part. Cette mise en scène devancerait celle de Petrocaribe, qui semble t-il est en train de devenir un vrai procès contre nous tous. Dans cette comédie, toute action contre moi serait tournée au ridicule car le peuple, principale victime des circonstances, aurait reçu ce dont il a besoin. De deux maux, comme on le dit si bien, ne faut-il pas choisir le moindre. Au lieu de laisser faire un procès où ceux qui me pourchassent, ces salauds, risquent de laisser la haute main à l`Internationale, ce qui me coûterait ma vie et tout l`argent que j`ai cueilli au passage, je préfère tout remettre et échapper à la lapidation, le seul châtiment dont j`ai vraiment peur. On commence déjà à ne plus vouloir m`accueillir nulle part. En Haiti je me cache. Des amis(e) sont subitement devenus(e) des ennemis(e). Des chasseurs de prime sont en attente de me cueillir, même gratuitement. J`ai beaucoup d`argent, mais ma famille et moi sommes coincés entre l`angoisse et la peur du moment et du lendemain. Ah ! j`ai une idée ! Et si je me convertis ?

Suis-je en train de devenir fou ?

Que feraient-ils de moi ?

Je m`imagine une bible à la main, criant à tue-tète le retour de Jésus, mon seul sauveur. Auraient-ils l`audace de me condamner, de crucifier encore une fois un enfant du bon Dieu ?  Ils diront peut-être qu`il est devenu fou ; ce n`est pas la peine de le poursuivre. Il ne sait plus ce qu`il fait, ni où il va.

J`ai l`impression que ce scénario serait le plus plausible car il me permettrait en même temps de garder l`argent et ma vie. Je m`excuse, leur argent !

De toute façon je suis à la mauvaise enseigne. Même avec toute cette fortune je ne retrouverai plus jamais la liberté que j`avais autrefois.

 » Que sert-il à un homme de gagner le monde s`il perdait son âme. » Voilà ! Maintenant je comprends pourquoi la bible dit de telles choses.

 » Cherchez le royaume des cieux et tout le reste vous viendra par surcroît. » Voyez ! Je commence à les connaitre par cœur.

 » En vérité je vous le dis, il est plus facile à un éléphant de passer par le trou d`une aiguille qu`à un riche d`entrer dans le royaume des cieux.

 

Pourquoi sont-ils tous là à me regarder ? Autrefois ils riraient et danseraient rien qu`a me voir. Ils ont l`air tant penaud, comme si ma musique n`existe plus.

Et si je lance un  » koulangêt manman  » applaudiraient-ils comme jadis ? Non ! je ne peux pas prendre ce risque… Mais pourquoi pas. Presque tous les fous aiment dire KOULANGET MANMAN…  » Koulanget manman nou. »

Mieux vaut demeurer fou toute ma vie, mais avoir la vie sauve, que de jouer au malin, encore une fois, et risquer la potence.

Oh ! J`allais oublier. Qu`adviendrait-il de ma femme et de mes enfants ?

Qu`ils se tiennent au loin. Ils ne sont pas demandés autant que moi. Ils seront très bientôt oubliés. Ils seront malheureux de me voir dans cet état, mais je leur dirai que je ne suis pas vraiment fou. A condition qu`ils gardent le secret. Continuons de jouer la comédie, mon forfait, ma destinée.

 » Vous qui êtes fatigués et chargés,venez à moi et je vous donnerai du repos. »

Ainsi prend fin une vie. Il n`a pas eu le temps d`enlever les guenilles, Il ne reconnait plus personne. Même ses enfants qui ont grandi si vite, aussi en guenille, car  » bien mal acquis ne profite jamais.  »

Je croyais pouvoir lui dire quoi faire, afin d`échapper à la justice des hommes. Mais son fardeau était trop lourd et l`a conduit à la folie.

Malheur à celui ou celle qui le suit.

Nul ne peut s`appeler Michel Joseph Martelly.

Il était unique.

 

Mike Joseph