DEFI entre espoir et désespoir

DEFI ENTRE L’ESPOIR ET LE DÉSESPOIR

Haïti est pris en étau et saccagé par ces deux mots: Espoir et Désespoir. Tout Haïti se résume dans ces deux tendances.

Nous venons d’effectuer un voyage et, entre le rêve et la réalité, et le dilemme haïtien quoique semblable dans la forme à celui de tous les peuples de la terre, diffère dans le fond par son caractère particulier. C’est en résumé de quoi est composé Haïti aujourd’hui, profondément divisé en tout et en partie. Entre des murs de plusieurs mètres de hauteur, le rêve est en puissance et en mode universel chez les nantis; couvert de chaume et de tôles trouées il est placé sous une nappe colorée, difficilement approuvé. De son balcon si près d’un ciel, d’où on pourrait toucher la lune, cueillir des étoiles qui pourraient nous transporter jusqu’aux jardins d’Eden, la réalité fait preuve d’arrogance et invite au délire. Tapis sur un sol crasseux rempli de vermines, de cafards et d’ordures, elle voit crever toute une famille, surtout des enfants malades, au ventre gonflé de vers eux aussi affamés.  De Jacmel à Petit-goave, jusqu’à une certaine limite d’un parcours, la nature triomphe heureusement encore sur les interdits de la chaussée. Mais, arrivée à la lisière de Port-au-prince les portes d’un enfer, grandes ouvertes, vous aspirent vers une ville d’immondices, de tumulte et d’anarchie de toute sorte; et brusquement vous vous êtes rendu compte que le ciel s’est éloigné de la terre. Là, c’est une autre vision qui prend les rênes, et le rêve du balcon s’évanouit sans laisser de trace. Comme s’il avait peur de confronter cette réalité toute nue où des millions d’hommes ont cessé de rêver.

Que de larmes à verser entre ceux qui vivent et ceux qui luttent, avec ces rêves sauvagement interrompus. Dans tout ce que propose Haïti aujourd’hui, il y a ces deux concepts fondamentalement opposés, qui poussent et divisent, engendrent et renouvellent une vie remplie d’inquiétude, de peur et d’espérance, malgré tout.

Toute la vie de l’homme haïtien se résume à cette dimension extrême de l’existence : l’espoir et le désespoir. Il n’y a pas d’entre eux deux, à l’état moindre, cette forme de résistance comme on en trouve chez les peuples administrés. On espère et on désespère à mourir, et c’est tout. Pour des lendemains meilleurs, certains se proposent de convaincre qu’il y a espoir malgré tout; Pris au dépourvu dans un univers d’adversités, un trop grand nombre feint de pousser des ailes pour n’importe où. D’où, l’ouverture d’un fossé géant, qui ne peut être comblé, selon certains, que par l’opération du Saint-Esprit. Et pour ceux qui croient encore dans l’humain, que le jour viendra où des hommes doués sauront changer le cours des choses, le bleu du ciel change de ton et annonce la rosée . Entre temps, confiant et résolu, il y en a qui se déploient, traversent les rues putrides de Port-au-prince, et dit tout haut à qui veut l’entendre, que la route sera longue mais nous y arriverons.

DEFI est de ceux-là, et prend la tête du convoi.

Je Plaide
05 décembre 2018
Mike Joseph