Les Épines et les ronces d’Haïti

Les Épines et les ronces d’Haïti

VERS LE CHEMIN DE LA CONCILIATION NATIONALE, HAÏTI NE SAIT COMMENT FAIRE POUR SE DÉBARRASSER DES ÉPINES ET DES RONCES PLANTÉES SUR SON FRONT.

Il faudra désormais appliquer de l’intelligence, de la détermination, de la volonté, du courage, pour sortir Haïti de l’austérité politique à contre-sens dans laquelle elle vient d’être plongée par les nouveaux acteurs déculottés, ces apatrides mercenaires au service de l’impérialisme raciste.

Il n’y aura pas de victoire tant que cette plaie ne soit cousue avec le même fil et le même esprit de libération qui accompagnaient les captifs transportés d’Afrique. Nous nous devons cet argument afro-libéral afin de demeurer dignes des exploits astronomiques qui ont abouti à la liberté et à l’indépendance. Il n’est pas acceptable de remettre en question et de laisser tomber les nombreux sacrifices des Pères de l’indépendance, quelque soit le prix à payer. Car pour arriver à ce stade où nous sommes, compte tenu des mauvais sorts, il a fallu que nombre de vies soient perdues.

Les échecs répétitifs de ces efforts ne tariront point avec les ruses et la cohabitation forcée entre des partenaires ennemis. La cloison psychologique des classes, établi dès l’origine par les patrons du monde, ne permettant aucune ouverture sur la réhabilitation sociale, cette cloison, dis-je, devrait être complètement sectionnée et jetée au loin, de la base au sommet, jusqu’au fond de l’abîme.

Personne ne sortira jamais gagnant, rien de bon, dans cette situation à revers. Ce qui peut paraître consommé aujourd’hui ne le sera pas demain. D’un côté la capacité de résistance peut valoir ce qu’elle vaut et promet un peu plus de quiétude, mais ne saurait marquer nul point de certitude ; de l’autre, la réserve est immense, au point qu’elle charrie plein d’espoir et d’envie, là non plus aucun signe d’équilibre. Des perdants, nous le sommes tous, surtout en plus fort du côté de ces hommes qui jouent avec le feu sans craindre le mystère qui l’entoure, sa nature et le vent qui l’attise. Le genre qu’ils ont choisi se consume si rapidement que seul le chagrin accompagne leur sépulcre.

Deux cents quinze ans après la plus grande victoire de l’homme sur le racisme, quand Haïti est devenue la terre promise pour tous les enchaînés, le flambeau de la liberté, les échecs de cette victoire dans son application se constatent du lever au coucher. Encore là, les épines et les ronces, les tenants et aboutissants d’une histoire forte de vertu, mais truquée au départ pour qu’elle ne produise aucun ratio. Malheureusement, du côté du plus grand nombre se trouvent les plus démunis et ceux-ci n’arrivent pas à s’entendre entre eux-mêmes devant le fait accompli.

Tant de souffrance du côté des vaincus, tant de mépris du côté des bourreaux et des traîtres. Malgré peu de bien-être que procure l’exploitation inhumaine provoquant toute cette fronde, et la richesse méchamment et malhonnêtement acquise, malheur à celui qui ne fait que prier et espérer que cesseront un jour les assauts affamés des vis-à-vis décolorés.

Nous n’avons pas le choix, il faut nous dresser les muscles pour affronter décisivement tous les adversaires du changement qui ne peut plus attendre. Sans distinction de force ni de pouvoir ni de moyens, affrontons l’ennemi avec tout ce qui correspond à notre actif.

Haïti est et doit demeurer notre dernière citadelle, non en histoire mais en réalité. Défendons-la sans réserve, ou mourrons tous comme le voulaient ceux et celles qui nous l’ont léguée.

Je Plaide

30 Mars 2019

Mike Joseph