SI LA FENTE ÉTAIT AU MOINS COUVERTE

D’un saut périlleux on traverse la fissure ,
d’une escale frontalière on peut tout voir mourir ;

Le gazon chez le voisin, pelouse verte bien taillée,tandis que le bananier chez nous est bruni et jaunâtre ;

Deux mondes cousus de lianes sauvages , aux racines vertigineuses pour l’un , quand pour l’autre elles s’agrippent à peine au sol.

Dès qu’elles touchent la mer tous les ports sont sollicités , et le vent les emporte vers des continents de verrous pour les brillants cerveaux.

Une fois arrivées là, elles s’enfoncent dans la terre où Tarzan les attend et cultive leur poussée qui ne tarde à se faire.

Fatiguées de son poids et de ses cris guerriers , elles rêvent de refaire le circuit dans l’espoir de refaire des racines, plus profondes cette fois-ci sans Tarzan à leurs trousses,  et plus proches du ciel.

Peut-on espérer qu’un jour cette Île de deux mondes soit celle de tous les mondes , que cette fente se ferme ou s’élargit mais que d’aventure toute l’herbe qui s’y trouve soit une pelouse verte pleine de vie aplanie ; que le sport favori des hommes se pratique dans le cœur à côté d’un jardin.

D’un saut périlleux on retombe sur ses pieds sans se retrouver de l’autre côté ; d’une escale frontalière les lianes se regardent, le sourire partout sans se souvenir du temps de maigreur, que plein d’entre elles avaient déjà subi.

Peuples de tous les mondes, cette Île d’Hispaniola penchée comme un navire échoué, d’un appel au secours espère votre soutien et vous offre ses réserves remplies de mille trésors, de grâce montagneuse et de mers dociles.

Si la fente était au moins couverte, elle ferait récif aux vents qui la saccagent.

12 Juin 2019
Mike Joseph