Quel rêve ! quel appétit ! quelle amertume ! quel cauchemar !

Jusqu’à tout récemment Haïti était encore une nation qui rendait jaloux les autres pays de la planète. Par son histoire et son originalité elle avait apporté une couleur particulière à l’évolution du monde en regard de la liberté universelle.

Mais depuis 1915, victime de l’occupation américaine et devenue cette princesse violée du haut de son trône, elle est placée au rang des prostituées captives, dans un monde de plus en plus intéressé aux privilèges et aux intérêts stratégiques plutôt qu’au respect de la personne humaine. Une fois qu’elle avait réussi à obtenir le statut de pays libre par la capitulation des pays qu’elle avait combattus et qu’elle avait gagné toutes ses guerres, ce statut est devenu son acte de naissance parmi les nations souveraines du globe terrestre.

Affaiblis par cette occupation, les haïtiens ont perdu leur prestige de premier peuple noir indépendant du monde et subissent via le capitalisme les préjugés racistes au point qu’ils sont vus, malgré leur statut, encore, comme des esclaves et maintenus par les américains, au vu et au su des autres peuples prétendument orientés vers la civilisation, dans une situation précaire de peuple arriéré malgré toutes ses ressources humaines, géographiques et matérielles.

En termes de moyens, des efforts de la Diaspora haïtienne à soutenir et protéger le pays contre une catastrophe humanitaire, témoignent largement de la capacité du peuple haïtien à subvenir à ses propres besoins sans la charité dérisoire et chagrine des partenaires internationaux. Ces efforts des haïtiens de la Diaspora parlent d’eux-mêmes, n’accordant nullement de prétexte au reste du monde pour le mépris exercé contre ce peuple de 1804.

Sous la domination politique et économique des américains, influence indésirable qui obstrue la bonne disposition et la volonté naturelle des haïtiens en mémoire des prouesses légendaires, la Diaspora haïtienne sensible à exercer ses droits fondamentaux, et contrainte par violation à se tenir éloignée des grandes décisions politiques, privée de support intérieur par rapport à sa pleine capacité de s’occuper de ceux et celles restés coincés entre l’enclume et le marteau, enclume (le pays et ses gouvernants), marteau (l’administration américaine et ses bourreaux), elle assiste timidement à l’effritement de plusieurs générations de la jeunesse haïtienne, ces jeunes qui disparaissent sans pouvoir laisser de trace aux générations futures sur le plan structurel, organisationnel et du développement durable.

Les graves conséquences de la mainmise et du complot américain sur Haïti, afin qu’elle demeure un exemple pour les autres pays africains qui voudraient atteindre leur indépendance, ont conduit cette nation libre dans l’abîme. Et le monde assiste à cette déchéance, ce degré d’inanition sans précédent, sans lever le petit doigt.

Cette abnégation de principe des pays complices de cet état de fait, envers le principal abuseur, les américains, quel que soit leur sentiment réel au regard de la démocratie, cette abnégation, dit-on, trouve son assise dans l’indifférence, et témoigne de l’inconsistance et l’incapacité des haïtiens à placer aux postes de commande des dirigeants conséquents, à la hauteur de leur histoire. Leurs aspirations politiques profondes se trouvant toujours confrontées à l’évidence du complot permanent des américains et des apatrides locaux, les haitiens sont devenus des cobayes et leur population peine à trouver les moyens d’imposer ses choix véritables.

L’argent étant le principal moteur dans la vie politique, le nerf de la guerre, quoique la conviction patriotique et citoyenne demeure la clef de résurrection d’une société en train de mourir, mort projetée de façon systématique dans le conceptuel impérialiste, en tant que nerf de la guerre le papier vert finit par remplacer la légitimité et le droit politique, ouvre le tapis de la déstabilisation contre le pouvoir nationaliste et les aspirations au développement naturel.

A la lumière de ce constat, il est inconcevable d’espérer un aboutissement heureux pour le peuple haïtien dans quel que soit l’angle d’une perspective de changement sous l’égide des américains. Ce ne serait jamais de gaité de coeur que les puissances capitalistes étant ce qu’elles sont, si les conjonctures les obligeraient à considérer de meilleurs traitements pour les peuples noirs et les pays sous développés, particulièrement Haiti, celles-ci favoriseraient leur émancipation. Pour elles, c’est vital que ces peuples soient maintenus dans leur état de dominés afin que les leurs soient protégés et exempts de compromis.

Toutefois, compte tenu des nouveaux rapports de forces, des conflits d’intérêts majeurs entre les pays forts et menaçants, il est possible d’envisager et d’imaginer un rééquilibrage en faveur des pays comme Haïti, qui devraient somme toute servir de soupape de sécurité pour la survie planétaire. Si telle intelligence fait partie du plan de ces nouvelles puissances, dans l’esprit d’améliorer les conditions de vie des populations en manque d’essentiel, ce qui serait l’aboutissement et le résultat d’une résistance à toute épreuve de la part des laissés pour compte, finalement on se sera débarrassé des atrocités du capitalisme sauvage envers l’humanité. Sa contradiction est une plaie béante pour tout concept de renouvellement et de redressement du monde.

Les américains et leurs suppôts, seront-ils en mesure d’entraîner avec eux, dans leur chute, les nombreux pays dont ils dépendent, ou finiront-ils par opter pour la voie raisonnable d’un  changement global et radical, au bénéfice de tout un chacun, au détriment de l’impérialisme ? Du train où vont les choses, avec les contradictions civiques et raciales de plus en plus prononcées sur leurs territoires, tout dépendra de la diplomatie, de ses corollaries militaires, économiques et stratégiques.

Haïti, parmi tant d’autres, trouvera sûrement sa voie et sa place si les haïtiens de la Diaspora, témoins privilégiés de cette escalade de violence entre les belligérants, par rapport aux haïtiens qui sont demeurés sur l’Île, réalisent d’ici peu un minimum de savoir-faire sur le plan organisationnel.

Est-ce pourquoi nous insistons, sans complexe de supériorité, que tout un chacun transcende et atteigne un niveau de dépassement de soi, de sagesse, de lucidité, de comprehension, d’humilité et de tolérance , les uns envers les autres, à qui de droit, en vue de réaliser un minimum de convivialité vers un État progressiste.

Jusqu’à date, notre Alma mater n’a pas connu le stade de fonctionnalité et de stabilité socio-politique. De là où nous sommes à l’établissement d’un État de droit véritable, il y a bien des étapes à franchir. Et l’une d’entre elles, sinon la première, serait la capacité de réunir à partir d’une vision commune de services et de responsabilités citoyennes nos éléments politiques de souches différentes.  Ensuite, immédiatement, sans tergiverser,  d’accoucher un pacte de gouvernabilité, dans un espace raisonnable de prise en charge immédiate durant les démêlés internationaux. Ce préalable juvénile mais puissant « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » , en attendant que les conflits internationaux aboutissent à un règlement définitif, ce déclic mesurera la capacité des haïtiens à survivre et à recevoir les considérations qu’ils devraient mériter. Tant que celui-ci ne sera amorcé, il y a lieu de craindre le pire, que les préjugés se renforcent, c’est-à dire l’isolement d’Haïti à jamais: et une prise à la remorque par notre pire voisin, la République dominicaine qui ne ratera pas l’occasion de nous placer dans sa barraque d’arrière-cour. Elle a expulsé tout récemment ses citoyens nés dominicains, sous prétexte qu’ils ne sont pas des dominicains à part entière, sur la base de couleur, parce qu’ils étaient soit disant de parents haïtiens. Cela ne veut-il pas tout dire en long et en large sur cette frontière que nous partageons encore avec eux. Tout laisse croire que tôt ou tard, si nous n’agissons pas vite et bien, les bottes de nos ennemis fouleront le sol national.

Et la seule façon d’éviter une telle catastrophe, c’est la réalisation au plus vite d’une Diaspora organisée. Au moins un concile diplomatique de haut rang, conçu pour discuter d’avant-garde, avec les autorités du monde le statut d’haïti en tant que premier pays noir indépendant de la planète. Autrement, le drapeau haïtien, qu’il soit considéré bleu ou noir, risque de disparaître à jamais de l’horizon et de la carte des nations. Ce serait un ADIEU ! mortel pour la race et pour cette frange de l’humanité. 

Quel rêve ! Quel cauchemar !

Excusez-moi ! je viens de me réveiller.

 

Je Plaide

04 Aout 2019

Mike Joseph