DU KAKI KAKA-JAKO au BLEU MARRON

DU KAKI KAKA-JACKOT au BLEU MARRON, qui va réussir là où François Duvalier a échoué ?

Peu sont ceux qui avaient compris la dimension de l’homme.

Ethnologue, psychologue, médecin, homme d’État avant même qu’il soit devenu Président d’Haïti, il avait tout combiné pour dresser un plat national digne du goût musclé des fondateurs de la patrie. Le mental, le physique, et même les lwas étaient pris en charge dans un concert métaphysique où tout lui était subordonné. Prince du ciel ou des ténèbres, il faisait, pardon ! il était la pluie pour certains et le beau temps pour d’autres. Croyant détenir la clé du mystère haïtien, le secret métaphysique qui ferait de l’oeuvre dessalinienne une mission accomplie, il est allé jusqu’à sacrifier son fils unique au pied de l’autel colonial, la grande maison blanche d’Haïti, le tombeau des Pharaons. Son travail était à ce point conditionné, que même après sa mort le fils a joui paisiblement des recettes de son père presqu’autant d’années de son règne précédent. Y aurait-il meilleure preuve de savoir-faire, comparé à ce qui se passait avant dans la République ? Malgré tout, dû aux multiples causes de déstabilisation raciale, dû à l’incapacité de son fils de comprendre le sacrifice du père, dû à l’inconsistance patriotique et politique des haïtiens, dû au vide crée par tant d’excès fanatiques des sbires ignorants, autant que le fils, du duvaliérisme idéologique contenu par un seul homme, en l’occurrence François Duvalier, la nation s’est retrouvée sans boussole dès que la cire du chandelier avait fini d’épuiser sa mèche. Une perte de conscience, un égarement blakawout s’est produit, et depuis ce temps là, à taton, l’haïtien cherche sa route et son chemin sur un désert aride et tumultueux, entouré d’épines et de ronces. En dernier lieu, un fou arrive avec une chandelle de bwapen, et, tout ce monde, les hommes en guenille, les femelles épuisées, les enfants squelettiques et mourants, heureux de voir un peu de reflet lumineux, ils commencent à le suivre malgré son allure grotesque et dépravée. Au premier détour, il a collecté tout ce qui restait de survivance, en dansant et en mangeant, comme dans ses carnavals d’antan, oubliant que la lumière n’allait pas tenir le coup puisqu’elle était faite de « bwapen ». Un grésillement brusquement résonna, et enfin ! le monde s’est rendu compte que ce n’était qu’un leurre. La route était redevenue longue et meurtrière. Le fou musicien continuait à chanter tout seul, mais personne veut plus l’entendre car il n’était que feu de paille. Sa chandelle est morte, mais il cherche encore du bwapen pour amuser la foule, pour collecter les miettes qui restent. Y arrivera t-il ? Peut-être ! On ne sait jamais. Si tout le monde était devenu fou par contagion ou d’anorexie …

L’hérédité n’étant pas un facteur garanti, puisque le fils était ignare, le petit-fils le semble davantage, point n’est question de reprendre l’histoire dans sa phase la plus tragique.

Qui va réussir là où François Duvalier a échoué ?

Je Plaide

07 Septembre 2019

Mike Joseph