Dr Réginald Boulos, l’échec à venir, si…

 »En politique on ne fait pas de cadeau. » Il suffit d’une glissade, d’une tirade hors contexte, d’un mot en plus, pour se faire une sentence.

L’intention du Dr Reginald Boulos de se faire baptiser sur les rings du stade politique est certainement une ascension fulgurante compte tenu de son expérience et de ses atouts économiques. Personnellement, chacun se retrouve convié face à cette stratégie qui ne saurait déplaire au commun des mortels. Dès le premier jour de cette percée herculéenne, j’ai tiré ma chaise empaillée pour analyser ce bond de géant, de l’homme qui naturellement devrait représenter la classe des affaires en Haïti. Je me suis dit : pourquoi pas ! S’il est assez de bonne foi pour renoncer à certains aspects critiques de sa dimension de baron, le pays aurait tout à gagner avec lui. Avec lui, peut-être qui’on arriverait à amadouer le démon jaloux afin qu’il libère les portes de l’enfer, qu’il aille voir ailleurs pour ses besoins en carburant. Car utiliser des nègres pour alimenter sa machine impérialiste, surtout les haïtiens qui ont gagné leur liberté dans le sang, ce n’est pas très saint devant l’Éternel, le Tout puissant. Car quelque soit sa force, il est puissant, mais, au TOUT PUISSANT, il doit rendre des comptes.

Assez intelligent qu’il est, monsieur Boulos, avec des vis-à-vis de taille, finirait par rassurer le maître des lieux qu’il pourrait sans encombre déplacer son influence néfaste vers des zones plus à risque.

Mais à mesure que le temps passe, je me suis rendu compte que le Dr Boulos est en train de développer un appétit d’un autre genre, un peu subtil et fiévreusement gourmand. Malgré son sourire gentil, il n’arrive presque plus à contrôler sa posture de Caïd. En envahissant la scène avec autant de disgrâce et avec autant d’assurance, je lui trouve des faiblesses qu’il n’aurait pas dû afficher de si tôt. Malheureusement.

Il n’a pas suffisamment tenu compte de l’histoire, et laisse découvrir qu’il a beaucoup encore à apprendre de la négritude, tel que François Duvalier l’avait si bien exprimée durant son règne en affichant clairement les réflexes noiristes et jaloux du pouvoir dessalinien. Si monsieur Boulos était mieux préparé, il choisirait entre les tonneaux vides qui font beaucoup de bruit, et les tonneaux remplis qui n’en font pas. Ces regrets, il en aurait peut-être,  » lafumen pa janm levé san dufeu. » il aurait dû les conjurer autrement que par l’excès.

Faut pas qu’il oublie son appartenance sociale et ses accointances. Si de gaieté de cœur il veut rattraper sa cause perdue, de gaieté de cœur aussi la sincérité devrait être son boussole. En tant qu’homme de pouvoirs, un peu de succès supplémentaire, surtout sur le plan politique, à vif comme il le fait, lui causerait plus de maux que de biens. Une éclatante réussite de sa part, en ce sens, sans compter équitablement les sacrifices multiples des opposants haïtiens, pour le changement du système dont il est l’un des vecteurs, serait plus considérée comme une provocation, plutôt qu’une jouissance légale de ses droits citoyens. En bon créole on dit :  »Quand la bouillie est chaude il faut la prendre à côté. »

Avant que la nation s’habitue aux éventuelles percées mulâtroïdes, en dehors des habitudes malignes de leur part sur le plan politique, et des monopoles génocidaires sur le plan économique et sociale; pour ce faire, pour ne pas être contrevenant, tout élément de sa classe devra utiliser des astuces. Des ennemis il y en a et en aura toujours, mais qui voudrait en avoir davantage, alors qu’ils sont déjà trop nombreux pour peu ? Nous avons trop souffert d’un passé mitigé, de grâce ! évitons les saccades et saccages inutiles. A la classe que vous appartenez, Monsieur Boulos, Faites travailler la machine sans trop exposer votre personne au départ. Il vaudrait mieux le faire une fois que les résultats sont probants, au lieu de mettre la charrue avant les bœufs pour dépasser ou écraser les  » écailles ».

Les haïtiens seront très heureux de vivre dans une Haïti nouvelle, quelque soit leur bienfaiteur. Si vous êtes à ce point confiant de votre coup, agissez avec pondération et piété car cela vous serait davantage utile que de prendre le risque de provoquer des contestataires jaloux ayant le sentiment d’avoir perdu un bien qu’ils n’auraient jamais possédé, mais pour lequel ils ont lutté plus que vous. Demeurez toujours inaccessible, monsieur Boulos, la curiosité jouera en votre faveur.

Vu les conditions dans lesquelles Haïti se trouve, les inégalités sociales étant ravageuses et tuatoires, toujours à brûle-pourpoint, tout défi de votre part sera mal interprété et considéré comme un affront. Dans cette compétition électorale, à venir, c’est votre droit le plus entier de briguer la présidence, mais ne laissez pas votre appétit prendre le dessus sur les acquis démocratiques. Soyez plutôt un accompagnateur quelque soit votre appréhension. N’allez pas dans cette compétition comme vous paraissez vouloir le faire. Nous en avons assez des succès éclairs.

Le support timide de vos pairs ne pourrait en aucun cas vous garantir un succès véritable et irréversible. La Nation haïtienne est très fragile et désabusée. Les privilèges encore récurrents, dû à la couleur de la peau, sont un handicap majeur pour des relations équitables entre les sujets de notre société. Les mulâtres d’Haïti ont beaucoup à faire pour se faire accepter comme des partenaires égaux. Vous êtes déjà et encore bien vu sur le plan économique, malgré les avatars et la non participation à l’économie nationale des nantis de votre classe, mais tous vous êtes mal vus sur le plan social et politique. Car vous n’avez rien fait, ou plutôt vous avez tout fait pour tenir ouverte l’aliénation des autres. Toute victoire politique de votre part serait considérée comme un prétexte pour la minorité, à mieux garder ses monopoles. Vous sentez-vous capable de lui offrir un tel cadeau ? Si tel est le cas soyez prêt à en assumer le coût. Le germe traditionnel du compte à rebours une fois remué, il lui prendra encore deux siècles avant de pouvoir le calmer.

Encore une fois, pour éviter de nouveaux bouleversements dont personne ne connaîtrait les aboutissements, allons ensemble vers la recherche d’une solution patriotique universelle où nul n’aurait à redire : La Grande Conference Nationale Haïtienne.

Nous devons tous travailler ensemble pour doter Haïti d’un État stable et prospère. Ce serait la moindre des choses si nous sommes patients et tolérants les uns envers les autres.

Des moyens économiques et politiques, révolutionnaires, jumelés aux efforts d’une société civile participative, voilà le degré d’accomplissement que tout patriote qui se dit conséquent devrait atteindre.

Et nous dirions, à l’instar de François Duvalier qui avait dit ceci :  » J’ai fait la révolution politique, mon fils fera la révolution économique. » (malheureusement pour lui c’était bien compter mais mal calculer) ;  à l’envers, nous dirions de nous tous : Nous avons fait les révolutions, nos fils feront le dépassement social. Et ce serait un résultat bien mérité.

Aucun homme ne pourrait à lui seul, compte tenu de notre histoire truquée, réaliser le projet haïtien de pays concret, sans la complicité de tous. Cette complicité fait partie de notre ADN. Mais notre entêtement à la dépasser par l’orgueil et l’avarice d’une classe sociale, soit appauvrie, soit nantie, n’apporte que malheur et favorise la mainmise du colon sur notre vie.

La composition actuelle d’Haïti invite à partager les multiples ressources et richesses de notre terre. Dieu seul sait combien les haïtiens qui se retrouvent à l’étranger sont prêts à relever tous les défis du temps.

Jusqu’à présent la politique en Haïti est le seul domaine réservée apparemment totalement à la majorité noire. Jusqu’à présent, qu’on le veuille ou non, c’est un acquis capital sur lequel on peut compter pour pouvoir revendiquer tout le reste encore captif des prédateurs nationaux et internationaux. Mais, en soupape, la réalité est tout autre. La classe économique dominante, à l’opposé, composée à 99% de mulâtres et de mercenaires étrangers, est le véritable pouvoir qui décide de tout. Le présent, le passé et l’avenir politique d’Haïti se trouve entre ses mains, autant que tout le reste. Ils sont au fait les maîtres du jeu, et dans le fond et dans la forme.

Monsieur Boulos, en vous présentant officiellement comme potentiel candidat à la présidence d’Haïti, vous ne faites que confirmer une vérité cachée et vous affranchir de pouvoirs que vous aviez déjà entre les mains et que vous avez perdus ou risquez de perdre définitivement.

Pour des raisons éclatées, vous est obligé de sortir de votre trou parce que le peuple informé de ses possibilités d’action et d’émancipation, a mis le feu au poudre et risque de tout chambarder au risque que plus rien ne reste de ces pouvoirs, de cette élite apatride, dont la dernière carte se trouve entre vos mains.

A bien analyser la situation, si les mulâtres et les boucaniers de l’île ne se démêlent pas pour obtenir officiellement reconnaissance par les haïtiens de leur droit légitime au pouvoir, ils seront détrônés par les dominicains avec qui ils ont de tout temps comploté pour les exploiter. Leurs privilèges seront tous anéantis. En plus, ils n’obtiendront pas la nationalité dominicaine dans le cas d’une occupation prévue, comme les dominicains soupçonnés d’être d’origine ou de parents haïtiens, et déportés vers Haïti manu militari. Cette menace de la République dominicaine, sévère en son entier pour tous les résidents de la presqu’île, très sérieuse pour les bourgeois haïtiens indigestes aux yeux de l’International, pousse ces derniers à choisir entre l’enclume et le marteau. Donc, pour eux, mieux vaut choisir l’enclume qui est déjà un territoire acquis et continuer d’en faire le domaine privilégié, plutôt que de recevoir le marteau sur la tête, sur la tempe ou sur le nez, car nul ne connaît sa trajectoire définitive.

Docteur Boulos, en toute connaissance de cause, vu les avantages réciproques que nous avons d’éviter cette catastrophe;  face au danger pour nous deux, la majorité souffrante mais décidée à ne plus l’être accepte de renégocier le présent et l’avenir d’Haïti sur une cohabitation authentique dans tous les domaines. Autant pour vous que pour nous, dans la Politique ; Autant pour nous que pour vous dans l’Économique ; Finis les monopoles exclusifs à un groupe ; Et la nouvelle société haïtienne nous sera reconnaissante, à bon droit.

Recevez de cette archive, Monsieur Reginald Boulos, au nom de la majorité hypothétiquement silencieuse, nos souhaits de bienvenue ! dans cette chapelle historique renouvelée, comme l’aurait souhaité à nouveau nos impérieux ancêtres.

 

Je Plaide

22 Septembre 2019

Mike Joseph