OCCUPATION OU PROVOCATION

Irréversible scénario longtemps annoncé

Tant vaut le peuple tant vaut la nation.

 

À quoi d’autre devait-on s’attendre ?

Arrivé à ce stade de gangrène, Haïti ou tout pays fragilisé par l’injustice et la corruption est sujet au dépourvu et à l’infortune.

Ce qui arrive et sur les frontières et sur les côtes et à l’intérieur d’Haïti, provocation ou occupation, tout ceci fait partie d’un plan bien monté en vue d’aboutir à l’unification de l’Ile. Vous le saviez toutes et tous, autant que moi.

Comme l’avait proposé et articulé à vive voix, l’un des présidents américains très intéressé et impliqué dans les affaires, particulièrement celles d’Haïti, et cela se précise sans tergiversation : « Vous avez été responsables de la séparation de l’île, débrouillez-vous pour la réunifier. » Ainsi parla l’Oncle.

De part et d’autre les opinions divergent, et plusieurs acteurs nationaux et internationaux se sont intéressés à ce sujet d’intérêt général aux multiples aspects.

Depuis toujours, plus précisément lors des dernières visites de ce président américain pour lequel Haïti est un morceau de paradis qu’il faudrait à tout prix récupérer, le propos a fait son chemin et devient loi. A ce point de vue, au moment où il avait fait la remarque, personne ne saurait ou n’osait le contredire. Mais ce qui faisait embûche, c’était le procédé par lequel cela devrait se faire.

Pris pour cible principal, Haïti, ses ressources naturelles et son sous-sol, est placé dans le viseur des pays en quête de suprématie. Les américains se réclamant de la politique de Monroe ont mis les bouchées doubles, se sont mis au travail et auraient finalement trouvé la meilleure formule, selon eux, qui ferait boule de neige dans cette île ensoleillée.

Traités en gibiers de potence, les haïtiens n’ayant jamais obtenu de fait la reconnaissance de leur droit entier, demeurés captifs du système esclavagiste, voient se défiler devant eux à travers la politique, des choses qu’ils n’auraient jamais espéré voir un jour. Leurs exploits guerriers d’accès à l’indépendance, sur lesquels ils se reposent, font office de bouclier pendant que des termites s’y sont installés et font des ravages irréparables. Ce qui leur manquait de souveraineté, à deux pas pour y accéder lorsqu’il était encore temps de le faire, vient de subir l’assaut le plus radical en fin de millénaire.

Aucun pays puissant, sauf quelques rares d’entre les protégés du bloc des solitaires, Cuba et le Venezuela en apogée, n’a jamais levé le petit doigt pour dire non à l’étranglement. Il faut avouer, que malgré les cris de désespoir des premiers et des derniers révolutionnaires et combattants haïtiens le peuple est demeuré inconsistant face aux multiples agressions de la part des conquistadors; et que suite à la redéfinition de la planète, nouveau millénaire, reconstruction planétaire, coronavirus oblige, malheur aux peuples qui ne se donnent pas les moyens de faire peau neuve. La terre entière est devenue un terrain de chasse où même les plus justes ne seront pas sauvés. Ses richesses se partagent une fois pour toutes entre les puissances hégémoniques et les forces émergentes. Il n’existera plus de paravent pour les pays non musclés. La République dominicaine, avec des antennes et des alliés non négligeables, déjà très préoccupée par le désordre généralisé qui a atteint sa frontière s’est vite préparée pour le défi et se propose et prend le dessus ainsi que les avantages que lui suggèrent les retombées de ce génocide planifié, dont elle serait épargnée si elle consent à jouer pleinement son rôle. Pays un peu retors avant la pandémie, le voilà mains et poings liés, sans aucune marge de manœuvre, livré lui aussi au desiderata des complices de l’hécatombe. Prise en sandwich entre son ancien patron, les Etats-Unis et son tuteur ponctuel, la chine : Il serait autant victime que bourreau s’il ne se décidait point à obtempérer. Mieux placé que Haïti, il prend le dessus et devrait être épargné des conséquences catastrophiques que lui causerait un refus. L’urgence d’agir et le souci économique sont les principaux atouts qui font céder au chantage, et l’emporte en final.

Comment seront réparties les ressources de l’Ile encore vierge dans le sens du développement, cette île prétendue riche en mines de toutes sortes, surtout du côté haïtien ? Sans nul doute, comme toujours, le plus gros morceau ira aux américains (politique de Monroe, première puissance), ensuite une bonne frange reviendra aux chinois (force émergente, déjà très menaçante); et le reste, le gratin, les miettes iront aux dominicains (partenaires idéals) vu leur position). Les haïtiens, eux, seront laissés pour compte parce qu’ils osent demeurer marrons.

Y a-t-il lieu de croire à l’invincibilité d’une nation en ce temps d’apocalypse ? la réponse à cette question est tout à fait hypothétique.

Tandis que Haïti se repose sur ses lauriers, toujours soucieux et jaloux de son bien, cette liberté formelle qui lui vaut son rang d’hérisson pygmée d’Afrique, cela lui vaudra aussi, du coup, à coup sûr, une mort lente jusqu’à la disparition totale si elle ne se réveille pas à temps.

S’il est vrai que la République dominicaine a servi de marchepied pour enterrer et enrayer Haïti de la carte du monde, elle n’a pas agi comme seule intermédiaire, car des complices parmi les nombreux représentants politiques du coté haïtien assument avec fierté leur pleine et entière collaboration dans le complot. Voilà pourquoi le président de facto d’Haïti se maintient au pouvoir et déclare à qui veut l’entendre que, plus jamais, personne après lui n’aura la chance d’accéder au siège de la présidence: « PHTK est le dernier refuge, le dernier des mohicans. » Parce qu’il a tout cédé. Donc, Haïti dans sa forme constitutionnelle n’existe plus.

L’Ile entière sera redevenue Hispaniola, avec quelques vestiges touristiques et des totems comme références du coté haïtien; un minimum en termes de mieux-être, et toute la gloire ira aux dominicains dont les forces armées sont fortes et représentatives de leurs aspirations.

Dans cette nouvelle ambiance parabolique les haïtiens se verront noyés dans une mer de confusion où ils ne représenteront plus rien, comparé aux autres, la Dominicanie n’a que faire des rejets. Exotiques sans aucun doute, les haïtiens serviront à quelque chose, pour l’histoire mais non pour la vérité cette fois-ci. Ils le seront pour les nombreux touristes qui viendraient voir un peuple déchu et mis au rancart par un voisin qui autrefois était sous sa domination. Selon le goût du maître s’il le désire, au cas où le tambour, le rara et le tafia continuent de faire partie de l’ambiance, ils ne seront pas enchainés.

Rêve de souveraineté anéanti à jamais, les chars carnavalesques assureront la parade avec les progénitures de mickey mouse, chose et homme à la fois pour lequel la vertu masculine se dilue dans les entrailles de la femme. Anesthésie locale et infertilité feront le reste.

S’il reste un dernier effort à faire, il faudrait remonter au fief d’avant 1804, jusqu’au 17 octobre 1806, déterrer l’Empereur, et mettre fin à cette malheureuse aventure, cette tragique comédie aux velléités jalouses des mercenaires du moment. Et pourquoi pas ? joindre du même coup la souveraineté à l’indépendance, une fois pour toutes.

 

24 Février 2021

Mike Joseph