ÂGE OU SEXE ÉPERDU

Les jours passent en cillement de seconde
Des heures qui s’éteignent comme des éclairs à peine éclos.
Accroché au crépuscule de la sixième décade de mon vivant
Je saisis chaque heure comme une semence d’étoile en plein jour
Mes pas deviennent si lourds que j’appelle à l’instant
L’aube de mes quinze ans quand sauter d’une fenêtre à une autre
Sans rien tenir, sans utiliser mes bras pour nourrir de ma sève
Les entrailles d’un fœtus qui m’avait précédé ou succédé
De quelques moments lors de ma naissance virile et féconde

Combien de flèches encore reste-t-il à mon arc
Au spectre d’une béquille qui s’impose déjà
Si les heures qui viennent sont lointaines à finir

J’aimerais tellement pouvoir courir aux côtés de mon chien
Qui lui ne comprend rien, pourquoi je ne le fais plus
Cet exercice à deux, sens dessus sens dessous

Pauvre diable, faut-il bien que je lui donne une femelle
Au moins avec qui il s’amuserait, que dis-je, qu’il sauterait
Car il m’a tant vu le faire durant plusieurs séances

Jusqu’à tout récemment d’une chambre à une autre
Au salon aussi un peu partout et même dans la cave
Alors qu’il faisait si froid dehors, moins cinquante enneigé

Ce faisant, peut-être que les deux m’inspireront cette énergie d’antan
Lorsqu’on avait vingt ans, quand le drapeau était toujours au mât
Quand mon père et ma mère me disait de faire très attention

Il me sourit déjà sachant que j’ai compris, son regard me le dit
À sa queue je le vois il saute comme kangourou pour me dire merci
Comme moi je l’aurais fait si l’une d’entre vous voudrait me faire aussi une queue

Si rigide que le sien à cet instant précis qui bouge comme jamais
À bâbord et tribord, prête à s’enfoncer dans la gorge et n’importe où
Je vous l’aurais montré sans béquille, sans armure, ce que je savais faire à l’aube de mes seize ans.

11 Mars 2021
Mike Joseph