S’IL ME RESTAIT ENCORE UNE TONNE DE VIE

S’IL ME RESTAIT ENCORE UNE TONNE DE VIE
J’ajouterais chaque jour d’elle aux tonnes de chacun

Cette vie riche que j’ai conçue, loin des misères connues de mes frères, de mes sœurs et de mes semblables engloutis comme ils le sont sous le poids de l’indifférence, je voudrais la partager avec eux sans réserve. Mon dieu, celui qui m’a arraché des griffes de l’oppresseur, m’assisterait et prendrait aussi partie pour eux devant le Juge des juges, le Seigneur des seigneurs qui n’accorde point aux hommes du temple de mammon le pouvoir d’humilier ses disciples. Le royaume d’ici où il nous a tous placés, leur dernier refuge, notre passage obligé juste au milieu d’eux, est comme cité dans tous les livres l’autre monde qui n’est ni le purgatoire ni le paradis.
s’il existe encore un lieu qui s’appelle Haïti, le pays en soi au contraire a disparu. De ce lieu où des hommes comme nous se battent pour garder un morceau de terre qu’ils ont réussi à faire leur, après qu’ils eurent été victimes d’enchaînement, d’esclavage et d’enlèvement de la part des pirates qui se croient maîtres de l’univers et d’une prétendue civilisation, que reste t-il à honorer ? Vite après qu’ils se soient libérés de leurs chaînes, ils n’ont même pas eu le temps de respirer que les vaincus se sont alliés de nouveau et leur ont mis des chaînes au cerveau. Et ainsi, ces démons éternels se sont arrangés pour que leurs proies demeurent captives sans aucune chaîne visible, mais toujours esclaves sous d’autres formes plus sophistiquées.

217 ans après cette tragique période de l’existence des noirs capturés d’Afrique et transportés comme du bétail en Amérique, les politiques nous révèlent que les chiens de garde et leurs maîtres colons n’ont pas cessé de conduire ce qu’ils croient être leur troupeau, et ne peuvent se passer de maintenir cette frange de l’humanité dans des conditions les plus abjectes. Cette libération signée pour tout le peuple africain au mât du drapeau noir et rouge, par une armée d’indigènes, a donné naissance à une Patrie qui se nomme Haïti dont les sujets vivants et humains se nomment haïtiens. Étant l’un d’eux, je tiens pour preuve qu’ils sont des humains comme tout autre, qui communiquent par l’esprit commun. Ce qui fait la différence entre l’homme et la bête. Donc, si venant d’eux je suis ce que je suis, par la raison qui accuse cette différence, eux aussi ils sont des humains. À quel titre vouloir nous traiter de troupeau lorsque tout invite et permet au nom des lois universelles de traiter d’égal à égal ?
Aujourd’hui, alors que la planète entière cherche sa voie, suite aux abus perpétrés par ceux qui depuis la création, par leur désobéissance au sacré, par leur prétention de pouvoir ont tout saccagé jusqu’à mettre en péril la vie de l’espèce humaine; les haïtiens se donnent eux aussi le droit et l’objectif d’orienter leur destin dans une autre direction, cette fois-ci sans la permission et l’avis du colon. À voir ce qui se passe en Haïti, les habitants de l’Île, du côté haïtien, sont tellement déterminés à vivre autrement qu’ils font table rase, comme aux temps des colonies, de tout ce qui correspond à « l’ordre établi ». N’est-ce pas là un signe de renversement total du joug impérialiste ?
Comme annoncé au début de mon allocution, je fais don de chaque jour de cette tonne de vie qu’il me reste, à chacun de nous, afin que, comme je le conçois, cette tendance à se libérer encore une fois de l’étreinte des vautours superficiels de l’histoire, placés à nouveau entre le présent et l’avenir des noirs d’Haïti et d’ailleurs, se confirme.

Recevez, chères moitiés, ce qu’il y a de plus noble et précieux au terme d’une certaine existence, ces jours que je vous offre au nom de la liberté commune.

24 Octobre 2021
Mike Joseph