L’HAÏTIEN ET SON FOLKLORE « LE TAMBOUR »

L’HAÏTIEN ET SON FOLKLORE
« LE TAMBOUR »

 

N’était-ce les artistes haïtiens, les musiciens, la grande société haïtienne en général serait déshéritée de tout. Pour bien comprendre les méandres de la vie haïtienne, ravages causés sur le mental haïtien, par l’esclavage des noirs, il faudrait le séparer en deux sur le plan existentiel. Une partie de son cerveau animé de folklore et l’autre partie privée de celui-ci.


Comme on le sait « tambou frappé Ayisyen kontan, sé yon bagay yo pran lan nésans », ce n’est pas une histoire sans intérêt. Ce tambour dont on parle renferme en soi la voix de toute l’Afrique intégrée dans « le tronc de l’arbre de la liberté… » insinué dans le discours de Toussaint L’ouverture. Le Spartacus noir faisait référence à l’avenir, de ce qui se passerait avec ce tronc abattu, qu’il se serait transformé en écho pour dire au monde, que le travail de sa poussée engagée ne mourra jamais. Dans les montagnes et dans les villes, ses échos résonneront sans fin dans l’âme haïtienne, à un point tel qu’elle aura toujours le courage de supporter les douleurs de l’horreur, quoi que fassent ses adversaires. Voilà pourquoi, depuis la grande cérémonie du bois caïman, montés par les lwas du tambour, les ancêtres transmettent de génération en génération la capacité de résistance qui permet aux haïtiens de tenir tête aux éternels ennemis de l’Afrique. Le tambour haïtien n’est pas un instrument comme les autres, ses diverses tonalités sont comme le vent lorsqu’il se met en colère. Autant, il peut s’accorder avec la nature pour produire la pluie et le beau temps ; Autant, il peut gronder avec fureur, comme l’ouragan, pour faire des ravages incontrôlables. À tout moment, selon qu’il soit poussé ou non à l’excès, des sifflements inattendus remplissent de leur trajet le vide de l’existence, et la frayeur s’empare de l’être qui devient tout docile sur son passage. La transe au tambour, quand elle se pare de l’esprit lointain d’où elle vient, transporte avec elle toute une batterie de messages et de musique que seul celui ou celle qui la ressent pourrait expliquer. Malheureusement, une fois passée, le sujet possédé n’a plus aucun souvenir de son état préalable.
L’arme réelle du noir est le tambour. Le priver de cette arme serait le seul moyen de l’anéantir. Heureusement il connaît les moyens de le forger. Il faudrait qu’il n’existe plus d’arbre autour de lui pour y arriver. C’est presque le cas, mais ses racines sont si profondes et nombreuses, qu’il repoussera au gré du vent.

27 Janvier 2022
Mike Joseph