L’ECHEC PROGRAMMÉ ET CONSTANT DE L’INDÉPENDANCE D’HAÏTI

L’ECHEC PROGRAMMÉ ET CONSTANT DE L’INDÉPENDANCE D’HAÏTI
échec dû en grande partie à la classe moyenne, pas à une bourgeoisie qui n’existe pas.

 

Avec un drapeau mis entre parenthèse, le peuple haïtien ne se reconnaît qu’à travers la paysannerie, la classe la plus noble d’entre les trois classes prétendues; la classe moyenne étant une prostituée qui est au centre, à combler l’histoire de tractations aux effets tragiques et décisives, où tous les signaux se donnent et s’allument pour donner le coup d’envoi à l’arbitraire; Enfin, la classe économique ? celle-là est composée de mercenaires haïtiens et étrangers (faussement identifiée comme la classe bourgeoise) au service de caïds internationaux.

S’il existe dans presque tous les pays une bourgeoisie nationale, accessible par le biais de la classe moyenne, en Haïti elle n’existe pas. Ce qui favorise, à un certain moment de la durée, l’éclatement de la classe moyenne, sa corruption et sa vulnérabilité par l’oppresseur, et en tout temps par tout ce qui lui permet de s’enrichir au détriment des plus faibles, c’est à dire la classe des défavorisés, la paysannerie et le prolétariat. Donc, voilà pourquoi il est si difficile pour un haïtien, quelle que soit son origine sociale, d’atteindre un quota politique d’envergure, des adhérents authentiques et conséquents, lorsqu’il s’agit de former un gouvernement suffisamment représentatif des aspirations nationales.

Le politique, le patriotisme, le nationalisme d’éthique et d’intégrité, tout cela ne se manifeste que dans la pensée et ne trouve jamais assez passage pour se matérialiser. Cette fuite en avant de la classe moyenne se résume à un suicide imminent, vers une falaise de déshonneur très difficile à éviter. Celle-ci, cette falaise, est représentée par une illusion et par l’ouverture créée par l’occident et ses alliés, dans le but de recycler cette classe à son profit, comme élément intermédiaire, légal, qui leur permet de rééditer autant que le besoin se fasse sentir, leurs forfaits, leurs méfaits et leur monopole. D’où l’échec répétitif des acquis révolutionnaires engendrés à la volée par quelques rares combattants haïtiens, frustrés par cette réalité, que leur nombre insuffisant, en termes de corps unifié, n’arrive jamais à contenir. En ce sens, il est constaté que l’échec de tous les dirigeants haïtiens, ceux qui sont de bonne foi, est dû à ce manque de partenaires conséquents lorsqu’il s’agit de former un corps responsable, un gouvernement cohérent. Est-ce pourquoi aussi, que la démocratie est un rêve qui ne peut s’appliquer en Haïti.

Le docteur François Duvalier le savait si bien, l’un des seuls, sinon le seul, à perpétuer son règne, sa dictature; qu’il n’a pas hésité à écarter la démocratie comme option politique. De ce fait, ce qui lui a donné un résultat durable, près de trente ans, quoiqu’empreint de violation grossière en ce qui a trait aux droits humains et à l’évolution du peuple haïtien. Assisté par la « démocratique » première puissance mondiale, sa dictature a enterré l’humeur révolutionnaire de la première République noire du monde. Suite à cette épopée tragique, burlesque, extravagant et chimérique à la fois, la chute historique est si brutale, que cinquante ans après, cinquante ans déjà ! , l’homme haïtien essaie de se relever mais titube et cherche sa voie dans le passé lointain au lieu de regarder vers l’avant. Constatant un tel déficit d’orientation, le moment est venu de rebrousser chemin et de regarder dans une autre direction jamais explorée auparavant.

À notre avis, il faudrait tenter une des formules de gouvernance spécifique, soit à titre expérimental, toujours en accord avec le politique et la constitution, mais loin des prescrits démocratiques tels que proposés par les sociétés « démocratiques », qui n’ont pas la même histoire que celle des haïtiens.

Par exemple, conditionner le mandat d’un gouvernement si au bout d’un certain temps : un an, deux ans, trois ans après son élection à la magistrature suprême, il n’arrive pas à produire un résultat satisfaisant au profit de la société en général. Ceci dit, une suggestion, et pas des moindres, il faudrait créer un corps présidentiel alternatif, pour prendre la relève au moment opportun, lorsque tout gouvernement a failli, et d’empêcher la catastrophe d’un échec fatal. Autrement, Haïti se retrouvera toujours en situation d’échec permanent, compte tenu de ces difficultés endogènes et exogènes.

De telles dispositions ne peuvent être prises avec les politiques de pacotille, dans cet environnement pollué et rempli d’opportunistes à la solde des oligarques et des mercenaires cités tout au début de notre analyse.
Il faut créer un cadre approprié où seuls des patriotes conséquents, qui n’ont pas de dette politique envers la société, pourront se joindre et travailler en vue d’accoucher ce projet de corps présidentiel alternatif.

Le peuple haïtien est en attente d’une initiative éclairée et d’une solution durable pour son devenir. La classe moyenne est la seule à pouvoir les lui offrir, il faut la recréer.

L’heure est tout à fait désignée pour celles et ceux qui voudraient faire le saut vers l’inconnu, au dépend du connu qui n’est que précipice; celles et ceux qui se sentent inspirés et disposés à continuer l’œuvre de l’émancipation et de la liberté, initiée par les pères de l’indépendance.

Cette voie, à tracer, ne dépend que de nous. Elle ne devrait laisser aucune place à l’ingérence et à la médiocrité. Le corps présidentiel alternatif, la voix des conséquents nationaux.

01 Février 2022
Mike Joseph